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La situation des langues minoritaires en Europe


Des membres du mouvement autonomiste alsacien Unser Land étaient présents lors de la conférence de l’intergroupe Traditional Minorities, National Communities and Languages du Parlement européen, sur les langues minoritaires en Europe.

La situation des langues dit “minoritaires” dans le continent européen soulève deux sujets ô combien essentiels : la dignité de la personne humaine et les droits de l’Homme, notamment celui de parler la langue et le dialecte de son pays, de sa région. Ici, en Europe, la situation des langues minoritaires est disparate : en Espagne, les situations des langues minoritaires comme le galicien, le basque et le catalan ne sont pas les mêmes que celles des dialectes alsaciens et mosellans. La différence est que la France, de par sa tradition jacobine, ne reconnaît pas les peuples dans leurs substances (comme la Corse, l’Alsace, etc…) et donc, à fortiori, ne reconnaît pas entièrement les langues régionales. La constitution de 1958, dans son premier article, stipule que “La France est une République indivisible” et, dans son article 2, est stipulé que “La langue de la République est le français.” La seule mention des langues régionales que l’on trouve dans cette constitution est dans l’article 75-1 où il est écrit que “Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France.” C’est tout. Rien de plus, rien de moins. Autant dire que ça laisse beaucoup de marge pour imposer une seule langue, en l'occurrence le sacro-saint français. Car le mot “patrimoine” fait penser que les langues régionales font partie d’un “Musée de la République”, que c’est juste du folklore, des vestiges morts, juste à contempler derrière une vitrine. C’est comme cela que traite la France ses langues régionales, notamment l’alsacien et les dialectes mosellans, en imposant le monolinguisme français, nous y reviendrons.

Le jeudi 16 février 2023 au Parlement européen à Strasbourg, est organisé par l’intergroupe Traditional Minorities, National Communities and Languages, une conférence sur la situation des langues minoritaires en Europe.

La première personne à intervenir est Jean Faivre, citoyen engagé et représentant du mouvement autonomiste alsacien Unser Land auprès de la FUEN (Federal Union of European Nationalities). Il intervient pour présenter la situation alsacienne. Dans son intervention, il souligne l’imposition par la France du monolinguisme français en Alsace. En effet, l’Alsace-Moselle est une minorité nationale. Cette appellation devrait amener une aide, car la France ne reconnaît pas les minorités ethniques. Par exemple, le conseil constitutionnel ne reconnaît pas le peuple Corse. Jean Faivre continue en soulignant que la majorité des Alsaciens n’assument pas leurs racines germaniques. Il y a comme une sorte de honte à l’assumer. Cela n’aide pas pour la cause de l’alsacien, qui est un dialecte avec deux composantes : le hochdeutsch (l’allemand écrit ou standard) et l’allemand d’Alsace. Il faut donc se reposer sur ces deux genres linguistiques pour protéger les dialectes alsaciens, qui sont donc bel et bien des dialectes de type germanique et plus particulièrement alémanique. Jean Faivre continue en soulignant que, depuis 2016, l’Alsace n’a plus de gouvernance propre. La réforme territoriale de 2015 dite “loi NOTRe”(Nouvelle Organisation des Territoires de la République) fut à l’origine de la création ex nihilo de la région Grand Est, fusion de l’Alsace, de la Champagne-Ardenne et de la Lorraine. Cette réforme a fait naître un “désir d'Alsace” et de grandes mobilisations furent organisées, qui rassemblèrent une foule considérable. Depuis cette réforme, le mouvement autonomiste alsacien Unser Land s’est développé et l’autonomisme devient de moins en moins tabou. Ce “désir d’Alsace”, qui n’a pas fait pschitt, a fait naître quelques années plus tard en 2019 la Collectivité européenne d’Alsace dite “CeA”. On peut se dire que ce n’est pas mal, car c’est une renaissance institutionnelle de l’Alsace, en plus il y a le mot “europe” dans la dénomination, donc c’est chouette. Mais qu’on ne s’y méprenne pas, la CeA n’est qu’un simple Département avec juste quelques compétences en plus, sauf le budget qui va avec. En effet, c’est un bon départ, mais cela ne suffit pas, car l’Alsace n’a pas assez de compétences, notamment en matière d’éducation, qui reste toujours centralisée à Paris. Avoir les compétences en matière d’éducation peut aider l’Alsace à éduquer les enfants à l’histoire de l’Alsace (la vraie histoire de l’Alsace), ainsi que d’enseigner le dialecte alsacien, en mettant en avant les écoles ABCM. Ensuite, Jean Faivre continue en parlant du droit local d’Alsace-Moselle et de la difficulté de le faire vivre, notamment à cause du conseil constitutionnel qui empêche volontairement l’évolution du droit local, ce qui à long-terme, pourrait signer l’arrêt de mort du droit local si rien n’est fait. Car la France uniformise le droit, ce qui crée des inégalités alors qu’il faut traiter les problèmes particuliers des différents territoires avec un droit particulier. Il faut donc impérativement faire évoluer le droit local d’Alsace-Moselle. Dans la même veine, Jean Faivre parle du Concordat de 1801, qui est menacé de par les différentes politiques menées par des municipalités comme celle de Strasbourg, qui délivre des subventions à une organisation reliée à une obédience radicale de l’Islam. Cette polémique relance le débat de l'existence même du Concordat et, au-delà de ça, de “l’esprit concordataire”, c’est-à-dire de la façon de vivre la laïcité en Alsace-Moselle, qui est une laïcité de concorde et non de combat. Jean Faivre conclut en affirmant que l’Alsace ne doit pas être un “finistère”, c’est-à-dire une fin de terre, mais il faut qu’elle soit un pont entre deux terres ainsi qu’un trait d’union entre les peuples.

Le deuxième intervenant s’appelle Philippe Moureaux. Il présente la situation mosellane, elle aussi victime du monolinguisme français. On y constate en Moselle une baisse drastique de la pratique des dialectes allemands. En 1972, la Moselle est détachée de l’Académie de Strasbourg pour être rattachée à l’Académie de Nancy-Metz. Résultat : l’enseignement de l’allemand a chuté. Il n’y a pas d’encouragement de la part du système éducatif français à apprendre l’allemand, considéré comme langue étrangère. Il y a néanmoins des écoles ABCM mais qui sont en concurrence avec les écoles publiques. À partir des années 70, des associations développent une idée nouvelle : la langue régionale en Moselle étant uniquement le francique et il n’y a pas de dialectes germaniques. L’Éducation Nationale a utilisé cette divergence pour que les choses ne progressent pas. L’absence, voulue par l'État français, de réel statistique permettant une législation prenant compte de la réalité réelle, empêche le développement des dialectes allemands en Moselle. C’est une mort programmée. Enfin, une convention fut signée qui considérait l’allemand comme une langue étrangère et non pas comme faisant partie de la composante de la langue régionale. Cette convention est révélatrice de la politique de linguicide par l’État français.

À la fin des interventions de Jean Faivre et de Philippe Moureaux, des questions furent posées. “Qui gère les 5% du droit local ?” La réponse donnée est que les autorités locales ne peuvent pas modifier le droit local. C’est l’Assemblée nationale qui peut le modifier. C’est problématique, car au Parlement français on ne traite pas de sujets locaux mais plutôt des sujets qui concernent l’ensemble du territoire français. C’est pour cela qu’il est pertinent d’avoir une gouvernance locale autonome, pour que les problèmes locaux soient réglés au sein même des régions concernés, afin que les solutions politiques soient les plus appropriées à chaque région. C’est le principe de subsidiarité. L’uniformité n’apporte que des inégalités. “Pourquoi il manque des statistiques sur les langues et les ethnies ?” C’est à cause de l’idéologie jacobine qui pense que la République française est une et indivisible et nie la substance ainsi que l'existence des autres peuples. “Pourquoi est-ce si important d’avoir des statistiques ?” En effet, pour changer de politique, il faut des données. Sans données, il n’y a pas de législation possible. La France fait en sorte que les données ne puissent pas se faire. L’Éducation nationale a été créée pour l’éradication de la religion, des peuples et à fortiori de leurs langues. Du coup, “comment le Parlement européen peut faire progresser cette question ?” L’Union Européenne pourrait faire progresser la question. Mais la France ne changerait pas son comportement de négation des peuples.

La conférence continue avec d’autres intervenants sur la promotion de la langue basque, galicienne et catalane au programme Erasmus +. En effet, ces trois langues sont absentes de l’OLS, plateforme gratuite d’apprentissage des langues pour les étudiants Erasmus +. L’État espagnol a répondu positivement, mais ça n’a pas avancé. C’est une discrimination du fait que la Commission européenne empêche ces trois langues d’exister juridiquement comme l’espagnol.

Il y a une tendance linguicide chez les États membres de l’Union Européenne, à des niveaux variables. Pourtant, c’est un droit fondamental de parler et d’enseigner les langues minoritaires. Hélas, la Commission européenne ne veut pas une législation particulière sur les langues minoritaires. Il faut impérativement que le Parlement européen se saisisse de cette question ô combien essentielle. Car en parlant de langues, il y a une réalité concrète, celle d’hommes et de femmes, qui ont chacun et chacune le droit de parler leur langue et de la faire perdurer. Il faut que le Parlement européen ait un vrai pouvoir législatif sur la Commission européenne pour que la question des langues minoritaires puisse avancer. Cela montrerait l’utilité des institutions européennes, ce pourquoi elles ont été créées : pour la paix en Europe. Cette paix ne peut pas se faire dans l’uniformité, mais elle doit se faire dans l’unité. Comme le disait saint François de Sales : “l’unité se fait dans la diversité”.

Mikaël JUSZCZYK
Étudiant L2 théologie catholique à l’Université de Strasbourg.


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