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Jésus-Christ, l'unique Rédempteur du genre humain


Icône byzantine du 15ème siècle, "Notre-Dame du perpétuel secours." On peut voir dans cette icône que l'Enfant-Jésus perd sa sandale. C'est pour symboliser le rachat dans la tradition israélite antique ("Or, jadis en Israël, pour le rachat ou pour l’échange, afin de conclure toute affaire, l’un enlevait sa sandale et la donnait à l’autre. En Israël, cela servait de témoignage." Rt 4, 7). Ce rachat de l'humanité, Jésus le fait par le sacrifice de la Croix, d'ou son regard tourné vers l'archange Gabriel montrant les instruments de la Croix.

Introduction

“Si le Christ n’est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu.”[1] Cette phrase très catégorique de l’Apôtre Paul souligne que le salut du genre humain réalisé en Jésus-Christ est le centre de la foi chrétienne. Sans le Salut, la foi chrétienne et la mission chrétienne, celle de l’annonce de l’Évangile, est vidée de sa substance. Ce salut est présent depuis la naissance de l’Église, comme en témoigne la première lettre aux Corinthiens : “Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, il est apparu à Pierre, puis aux Douze.”[2] La première annonce kérygmatique de l’Apôtre Paul témoigne le rôle central de la sotériologie dans la foi chrétienne et la mission d'évangélisation de l’Église. Le rôle de Jésus-Christ en tant qu’unique Sauveur ainsi que le Salut Lui-même peut paraître évident. Pourtant, des voix s'élèvent dans l’Église pour dire que la vierge Marie est corédemptrice. Le fait que la Mère de Dieu a des titres de dévotion n’est pas étonnant, étant donné que Dieu le Fils s’est incarné en son sein, comme l’enseigne le crédo de Nicée-Constantinople. Cependant, malgré son rôle important dans l’Incarnation du Fils de Dieu, il est difficile de donner le titre de “corédemptrice” à la Mère de Dieu, puisque cela va à l’encontre des données issues des Saintes-Écritures[3], de la Tradition et du Magistère de l’Église. Cependant, même si une créature ne peut se sauver elle-même puisque Dieu seul sauve, elle peut et elle doit donner son consentement et la coopération de toute sa personne pour se laisser sauver par son Créateur. Car Dieu ne sauve pas ses créatures sans leur consentement qui est leur coopération. La vierge Marie joua ce rôle de consentement et de coopération dans la Rédemption opéré uniquement par le Christ, qui est à la fois le Sauveur et le Salut, puisqu’Il est Dieu incarné. Cette démonstration suit donc l’adage du cours de sotériologie catholique : “Dieu seul sauve, mais Il cherche la coopération de sa créature pour la sauver”. Le plan suit donc le fil rouge de ce cours. La première partie concerne le rôle de Jésus-Christ en tant qu’unique Rédempteur et la seconde partie concerne le rôle de la vierge Marie en tant que coopératrice dans le Salut dont elle est la première bénéficiaire.


Première partie : Jésus-Christ, l’unique Rédempteur du genre humain.

Au tout début de son ministère, Jésus dit : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »[4] En la personne de Jésus-Christ, c’est le Royaume même de Dieu qui est de nouveau ouvert, alors qu’il fut fermé par le péché originel d’Adam et Eve. C’est donc Dieu qui, en “Nous arrachant au pouvoir des ténèbres, il nous a placés dans le Royaume de son Fils bien-aimé : en lui nous avons la rédemption, le pardon des péchés.”[5] Jésus est ce nouvel Adam qui vient réparer et redonner la communion avec Dieu le Père, par son obéissance jusqu’à la Croix. “Pour chaque chrétien, le fait central de l’histoire du Salut qui donne un sens à l’humanité est le sacrifice du Calvaire ; la Croix de Jésus est la vérité essentielle apportée par la Révélation, en ce sens qu’elle atteste que Dieu a réalisé dans le monde, par son Fils unique, son œuvre de rédemption. C’est ce que la théologie nomme “économie du Salut”, c’est-à-dire la réalisation du plan divin, la manifestation de Dieu aux hommes, et c’est surtout ce dont nous parle saint Paul dans le prologue de ses épîtres. La croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ est l’unique sacrifice qui réalise et achève tous les sacrifices de l’Ancienne Alliance qui, par leur imperfection, n’étaient pas en mesure de réparer la rupture accomplie par nos premiers parents Adam et Eve. Sommet de la Révélation, ce sacrifice de la Croix polarise toutes les activités humaines du fait qu’il est la source de toutes les grâces dont peut bénéficier l’humanité rachetée, spécialement lorsque cette dernière fait appel à l’Église pour recevoir les sacrements qu’elle donne.”[6] Le Concile Vatican II affirme la valeur salvifique du mystère pascal : “Agneau innocent, par son sang librement répandu, il nous a mérité la vie ; et, en lui, Dieu nous a réconciliés avec lui-même et entre nous, nous arrachant à l’esclavage du diable et du péché. En sorte que chacun de nous peut dire avec l’Apôtre : le Fils de Dieu « m’a aimé et il s’est livré lui-même pour moi » (Ga 2, 20).”[7] Par sa Résurrection, le Christ redonne cette possibilité de la vision béatifique avec le Père dans l’Esprit. Le concile Vatican II l’affirme clairement : “Le Christ est ressuscité ; par sa mort, il a vaincu la mort, et il nous a abondamment donné la vie pour que, devenus fils dans le Fils, nous clamions dans l’Esprit : Abba, Père !”[8]

Le pape Jean-Paul II, dans sa lettre encyclique sur la mission, est catégorique quant au fait que seul Jésus est l’unique Rédempteur du genre humain : “En remontant aux origines de l'Église, nous voyons clairement affirmé que le Christ est l'unique Sauveur de tous, celui qui seul est en mesure de révéler Dieu et de conduire à Dieu. Aux autorités religieuses juives qui interrogent les Apôtres au sujet de la guérison de l'impotent qu'il avait accomplie, Pierre répond: «C'est par le nom de Jésus Christ le Nazaréen, celui que vous, vous avez crucifié, et que Dieu a ressuscité des morts, c'est par son nom et par nul autre que cet homme se présente guéri devant vous ... Car il n'y a pas sous le ciel d'autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés» (Ac 4, 10. 12). Cette affirmation, adressée au Sanhédrin, a une portée universelle, car pour tous - Juifs et païens -, le salut ne peut venir que de Jésus Christ.”[9] Car Jésus est Dieu qui s’est fait Homme. Donc Jésus est le seul Homme qui peut mener vers Dieu le Père, car Jésus est consubstantiel au Père : “ Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. [...] je suis dans le Père, et le Père est en moi”[10]


Deuxième partie : La vierge Marie, coopératrice et première bénéficiaire du Salut de l’humanité.

Il est clairement affirmé par les Écritures Saintes et le Magistère de l’Église que la Rédemption a été réalisée seulement par le Christ. Cependant, Marie joua un rôle éminent de par le fait qu’elle a dit “oui” à l’ange Gabriel qui lui a dit que Dieu son Sauveur s’incarnerait en son sein pour sauver le monde.[11] Puisque le Sauveur n’avait point besoin d’être sauvé, puisqu’Il est Dieu, donc sans péché,[12] Marie n'étant qu'une simple créature, elle avait aussi besoin d’être sauvée, donc elle ne peut en même temps sauver le genre humain. C’est le sens du dogme de l’Immaculée Conception, proclamée solennellement par le pape Pie IX en 1854. Benoît XVI l’explique avec l’argument du théologien Jean Duns Scot : “cet argument est celui de la «Rédemption préventive», selon laquelle l’Immaculée Conception représente le chef d’œuvre de la Rédemption opérée par le Christ, parce que précisément la puissance de son amour et de sa médiation a fait que sa Mère soit préservée du péché originel. Marie est donc totalement rachetée par le Christ, mais avant même sa conception.”[13] Marie elle-même exprime son besoin d’être sauvée dans son magnificat : “Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !”[14] Le concile Vatican II l’explique en ces termes : “La Vierge Marie en effet, qui, lors de l’Annonciation angélique, reçut le Verbe de Dieu à la fois dans son cœur et dans son corps, et présenta au monde la Vie, est reconnue et honorée comme la véritable Mère de Dieu et du Rédempteur. Rachetée de façon éminente en considération des mérites de son Fils, unie à lui par un lien étroit et indissoluble, elle reçoit cette immense charge et dignité d’être la Mère du Fils de Dieu, et, par conséquent, la fille de prédilection du Père et le sanctuaire du Saint-Esprit, don exceptionnel de grâce qui la met bien loin au-dessus de toutes les créatures dans le ciel et sur la terre. Mais elle se trouve aussi réunie, comme descendante d’Adam, à l’ensemble de l’humanité qui a besoin de salut ; bien mieux, elle est vraiment « Mère des membres [du Christ]... ayant coopéré par sa charité à la naissance dans l’Église des fidèles qui sont les membres de ce Chef [Saint Augustin, De S. Virginitate, 6 : PL 40, 399.] ».”[15] La vierge est donc sauvée parce qu’elle fut créée sans le péché originel dès sa conception, mais également parce que son Sauveur l’a choisie pour s'incarner en son sein pour sauver le reste de l’humanité. Par son “oui” lors de l'Annonciation, elle coopère pour que son Sauveur rachète les hommes et les femmes de tous les temps, car “À partir du consentement qu’elle apporta par sa foi au jour de l’Annonciation et qu’elle maintint sous la croix dans sa fermeté, cette maternité de Marie dans l’économie de la grâce se continue sans interruption jusqu’à la consommation définitive de tous les élus. En effet, après l’Assomption au ciel, son rôle dans le salut ne s’interrompt pas : par son intercession multiple, elle continue à nous obtenir les dons qui assurent notre salut éternel. Son amour maternel la rend attentive aux frères de son Fils dont le pèlerinage n’est pas achevé, et qui se trouvent engagés dans les périls et les épreuves, jusqu’à ce qu’ils parviennent à la patrie bienheureuse. C’est pourquoi la bienheureuse Vierge est invoquée dans l’Église sous les titres d’avocate, d'auxiliatrice, secourable, médiatrice, tout cela cependant entendu de telle sorte que nulle dérogation, nulle addition n’en résulte quant à la dignité et à l’efficacité de l’unique Médiateur, le Christ .”[16] Car Jésus-Christ reste l’unique Médiateur entre Dieu et les Hommes[17], Marie est médiatrice entre le Christ et les Hommes.[18]

Conclusion

Pour conclure, on peut dire que “l’idée légitime est celle de la grâce faite à Marie de coopérer par la réponse de sa foi à un salut dont elle est la première bénéficiaire.”[19] C’est ce qu’enseigne clairement le concile Vatican II qui dit que Marie est l’associée du Seigneur : “La bienheureuse Vierge, prédestinée de toute éternité, à l’intérieur du dessein d’incarnation du Verbe, pour être la Mère de Dieu, fut sur la terre, en vertu d’une disposition de la Providence divine, l’aimable Mère du divin Rédempteur, généreusement associée à son œuvre à un titre absolument unique, humble servante du Seigneur. En concevant le Christ, en le mettant au monde, en le nourrissant, en le présentant dans le Temple à son Père, en souffrant avec son Fils qui mourait sur la croix, elle apporta à l’œuvre du Sauveur une coopération absolument sans pareille par son obéissance, sa foi, son espérance, son ardente charité, pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle. C’est pourquoi elle est devenue pour nous, dans l’ordre de la grâce, notre Mère.”[20] En ayant en tête le rôle de Marie, qui est coopératrice et première bénéficiaire du Salut réalisé uniquement par Jésus-Christ, rôle qui est clairement manifesté dans les Saintes Écritures, la Tradition et l’enseignement du Magistère de l’Église, nous pouvons chanter avec la vierge Marie : “Ma force et mon chant, c’est le Seigneur : il est pour moi le salut.”[21]

Mikael JUSZCZYK
Étudiant L2 théologie catholique à l'université de Strasbourg.
[1] 1Co 15, 14. [2] 1Co 15, 3-5. [3] Cf. Entre autres les épîtres de l’Apôtre Paul : Rm 3, 23-24 ; 1Co 1, 30 ; Ep 1, 7. [4] Mc 1, 15. [5] Col 1, 13-14. [6] CROUAN Denis, Histoire du missel romain, Paris, Tequi, 1988, p. 9. [7] CONCILE VATICAN II, Gaudium et spes, 22, 3. [8] Ibidem, 22, 6. [9] JEAN-PAUL II, Redemptoris missio, 5. [10] Jn 14, 6. 11. [11] Cf. Lc 1, 38. [12] Conformément au symbole du concile de Chalcédoine en 451 : “consubstantiel au Père selon la divinité et le même consubstantiel à nous selon l'humanité, en tout semblable à nous sauf le péché,” [13] BENOÎT XVI, Audience générale du mercredi 7 juillet 2010. [14] Lc 1, 46-47. [15] CONCILE VATICAN II, Lumen gentium, 53. [16] Ibidem, 62. [17] Cf. 1Tm 2, 5. [18] “Mais le rôle maternel de Marie à l’égard des hommes n’offusque et ne diminue en rien cette unique médiation du Christ : il en manifeste au contraire la vertu. Car toute influence salutaire de la part de la bienheureuse Vierge sur les hommes a sa source dans une disposition purement gratuite de Dieu : elle ne naît pas d’une nécessité objective, mais découle de la surabondance des mérites du Christ ; elle s’appuie sur sa médiation, dont elle dépend en tout et d’où elle tire toute sa vertu ; l’union immédiate des croyants avec le Christ ne s’en trouve en aucune manière empêchée, mais au contraire favorisée.” CONCILE VATICAN II, Lumen Gentium, 60. Voir aussi Mt 28, 19-20 dans le sens où le Christ envoie ses disciples pour être ses médiateurs entre Lui et les Hommes. [19] JOURJON Maurice, MEUNIER Bernard, “Marie” in LACOSTE Jean-Yves (dir.), Dictionnaire critique de théologie, Paris, Presses universitaires de France, 2007, p. 854. [20] CONCILE VATICAN II, Lumen gentium, 61. [21] Ex 15, 2.


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