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Autonomie de la Corse ou arnaque macroniste ?



La venue du président de la République en Corse n’est décidément pas passée inaperçue. Les mots ont leurs sens et celui d’ « autonomie » en est un sur l’île, mot prononcé dans l’hémicycle de l’Assemblée de Corse hier matin.

Au-delà des réjouissances légitimes des élus corses, on rappelle les humiliations passées d’Emmanuel Macron à leur égard quand il les avait fait fouiller, omis de les inviter ou banni le drapeau à tête de maure de ses allocutions publiques. Mais depuis est survenue l’assassinat d’Yvan Colonna en prison, avec la responsabilité totale de l’Etat dans cette affaire. S’en est suivies des émeutes d’une telle violence sur l’île qu’il a fallu des renforts de forces de l’ordre venues du continent.

Ces moments ont d’ailleurs été évoqués par le président dans son discours. De là à comprendre qu’il faut être violent avec l’État français pour obtenir quelque chose, il n’y a qu’un pas…

Relativisons quand même ce qui semble avoir été obtenu hier matin.

Tout d’abord les mots du président ont été plutôt clair et les éléments de langage bien précis au-delà de la citation retenue de l’ « autonomie à la Corse », « ni contre l’Etat, ni sans l’Etat ».

Il n’a pas parlé de « Peuple Corse » mais de « communauté insulaire ». Donc on est encore loin de la reconnaissance du Peuple Corse.

Il refuse la co-officialité de la langue corse et de la langue française. Donc il refuse la suppression de l’article 2 de la constitution. Et rejette également cette revendication de l’Assemblée de Corse.

Il veut faire entrer l’autonomie de la Corse dans la constitution ce qui nécessite une adoption par le Congrès de 3/5 ème des parlementaires. Ça me paraît difficile d’autant que les sénateurs LR ont déjà annoncé qu’ils s’opposeraient à l’autonomie de l’île … Pourquoi n’avoir pas proposé une loi portant sur l’autonomie de la Corse ? Il aurait eu une majorité assurée à l’Assemblée nationale avec les groupes macronistes, le Groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires, et les groupes parlementaires EELV et LFI.

Pourquoi ne pas mettre en place une réforme territoriale majeure sur le fédéralisme qui permettrait aux régions ou aux collectivités qui le souhaitent d’accéder à l’autonomie comme la Bretagne, l’ Alsace, le Pays Basque, etc ? On serait bien dans le principe de différenciation que défend Emmanuel Macron lui-même.

Quid des autres peuples de France qui veulent accéder à l’autonomie ? Faut-il changer la constitution à chaque fois ? Macron se servirait-il de la Corse pour verrouiller d’autres velléités ? Le président de la Région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, a déjà demandé les mêmes droits que ceux qu’Emmanuel Macron vient d’accorder à la Corse. Est-ce l’ouverture de la boîte de Pandore du fédéralisme ? Pour ensuite dire : l’autonomie c’est le désordre.

Autre revendication des Corses, le droit de légiférer. Droit écarté aussi sec hier matin par le président. La loi doit être la même sur tout le territoire, quelles que soient les situations géographiques, les bassins de vie, etc. On voit que le jacobinisme tient bien la route.

Macron sait fort bien que les groupes politiques corses sont divisés et en donnant un délai de six mois pour qu’ils se mettent d’accord, il pourra se satisfaire de la foire d’empoigne qui ne manquera pas de suivre entre, comme l’a dit hier après-midi l’eurodéputé Régions et Peuples Solidaires, « il y aura toujours ceux qui trouvent que ça n’avance pas assez vite et ceux qui trouvent que ça avance trop vite ».

Ne boudons pas notre plaisir de voir les élus corses satisfaits d’une avancée majeure après une soixantaine d’années de combat du Peuple Corse. Mais le président Gilles Simeoni aura fort à faire pour mettre tout son monde d’accord pour fonder la Corse nouvelle et autonome avec les contraintes imposées par Emmanuel Macron.

Régis Baschung

42 vues1 commentaire

1 comentario


jd495
09 nov 2023

Bonjour, juste une question sur cet article :


Pour devenir entièrement autonome la Corse se dotera-t-elle également d'une armée pour défendre son territoire pour le cas où quelque puissance étrangère décidait de l'annexer ?


Merci pour votre réponse et bonne journée .

Jean

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